« Slow feeding » ou alimentation lente

by Sophie Joubert on 4 mars 2018 No comments

Pour bien comprendre le principe du « Slow feeding » il faut d’abord s’intéresser au système digestif des équidés. Pour simplifier nous allons diviser ce système digestif en 3 segments majeurs :

  • La bouche et les dents
  • l’estomac
  • et ce qu’on appelle vulgairement le « tube digestif » (intestin grêle, cæcum, côlon).

Le système digestif chez le cheval

La bouche et les dents :

Le cheval est un herbivore, son régime alimentaire naturel est composé d’herbes et de plantes variées, ce qui n’exclut pas à l’occasion des fruits ou des écorces. Collecter ces aliments use les dents (arracher, ronger…) la sélection naturelle et l’adaptation des individus à ce type d’alimentation font que nos équidés domestiques actuels ont une pousse des dents qui se fait tout au long de leur vie. Les équidés domestiques ont donc comme leurs ancêtres besoin d’une alimentation qui permet d’user les dents.

L’estomac :

L’estomac d’un cheval de taille moyenne a une contenance d’environ 15 l. Les équidés domestiques ont donc un estomac très petit en comparaison de leur taille. Leur estomac ne peut recevoir qu’une faible quantité de nourriture à la fois.

Rappel, un cheval est incapable de vomir : il ne peut pas se soulager d’une trop grande quantité de nourriture engloutie dans un temps trop court en régurgitant (un des problèmes majeur que Pompon rencontre quand il a fait la razzia dans la graineterie du centre équestre et s’est enfilé 30 l de concentré en une seule fois).

Dans l’estomac d’un cheval pas de « brassage » du bol alimentaire (contrairement à l’humain), mais imprégnation des sucs gastriques (en production continue) et 1ère fermentation grossière des aliments en quelques heures seulement.

Le « tube digestif » :

L’intestin grêle pour un cheval de 500 kg (Pompon) mesure en moyenne 21 m (pas si grêle que ça). Le cæcum 1m20 et le gros intestin 6 à 8 m.

Les aliments traversent « assez rapidement » l’intestin grêle (de 3h à 20h), le transit dans le gros intestin nécessite quant à lui une cinquantaine d’heures.

Le cheval a donc un processus digestif optimal lent et continu : pour résumer, ce que Pompon mange le lundi il l’évacuera sous forme de fèces le mercredi. (3 jours pour que ça circule)

Le processus digestif chez le cheval :

L’un des stimulants le plus important du processus digestif chez les équidés domestiques est l’action de s’alimenter. Plus le transit global est rapide moins la digestion est efficace, et le meilleur moyen de ralentir le transit est de donner au cheval une alimentation continue. Une alimentation continue aboutit à une digestion efficace. Ce qui renvoie directement au mode naturel d’alimentation du cheval primitif : de multiples variétés de végétaux riches en fibres qu’il faut cueillir tout au long de la journée, afin de remplir de façon continue un estomac de petit volume qui remplit à son tour un « tube digestif » gigantesque dont le fonctionnement optimal nécessite un transit plutôt lent et surtout régulier.

Le slow feeding

Ok, et le slow feeding dans tout ça ? Le slow feeding c’est la mise en place par l’humain pour les chevaux en captivité, d’un mode de nourrissage qui permette à ces derniers d’avoir un processus digestif optimal. Qui dit slow feeding dit :

  • Alimentation de base au foin (fibres) à volonté (les chevaux mangent aussi la nuit) et varié, le mieux étant de pouvoir le faire analyser afin de savoir exactement ce qu’on donne et de pouvoir équilibrer au mieux, si nécessaire.
  • Une prise alimentaire ralentie pour empêcher la gloutonnerie : beaucoup de petites portions plutôt qu’un gros repas. Vous l’avez compris, le schéma d’alimentation humain n’est pas adapté aux chevaux, leur truc c’est le grignotage tout au long de la journée.
  • Favoriser le déplacement dans la prise d’alimentation : privilégier plusieurs petites zones de nourrissage plutôt qu’une seule plus importante. (limite le stress, et la monopolisation par un ou deux individus seulement). La digestion des fibres est lente, en favorisant le déplacement on donne plus de temps au processus digestif pour faire son travail et le risque de formation de bouchons est réduit.

Plusieurs options s’offrent à vous pour mettre en place le slow feeding chez vous, en fonction de vos moyens et du temps que vous pouvez y consacrer.

  • Nourrir en filet à foin, ou dans d’autres dispositifs qui doivent néanmoins permettre au cheval de s’alimenter dans une position naturelle et sans risque de blessure (tête en bas, sans torsions de l’encolure ou du cou, privilégier les matériaux qui n’endommagent pas les dents ou les gencives : exit les grilles en métal). Et multiplier les points de nourrissage pour inciter vous équidés à se déplacer.
  • Disposer le foin en tout petits tas tout le long de la piste (lorsque la météo et le terrain le permettent).
  • Certaines écuries investissent dans des distributeurs automatiques (budget conséquent qui implique que chaque individu du troupeau porte en permanence un dispositif électronique).

Les filets à foin : une solution simple, efficace et abordable.

 

Comment choisir ?

Le principe du filet à foin offre une multitude de solutions, son usage est cependant à proscrire pour les chevaux ferrés (les éponges des fers risquant de se prendre dans les mailles).

À petites mailles de préférence (de 3 cm à 6 cm maximum) il permet de ralentir la prise de nourriture et évite le gaspillage ; attention à ce que le foin puisse quand même sortir du filet. Plus le maillage est serré plus la prise alimentaire est ralentie. Attention : certains chevaux peuvent être vraiment gênés par des mailles trop petites.

Il en existe pour des grosses balles rondes, pour les petites balles carrées, au format plus individuel ou à utiliser sur un râtelier : à vous de choisir ce qui convient le mieux pour votre cheval et pour vous (votre emploi du temps, la configuration du lieu de vie de vos animaux, etc).

Privilégiez des matériaux :

souples afin de ne pas risquer de blesser les gencives et les dents (évitez les grilles en métal, et même certains plastiques qui peuvent s’avérer tranchants).

– mais aussi résistants : le soleil, la pluie, les coups de dent. Les filets sont soumis à rude épreuve.

Attention au détournement de certains filets « d’outillage » (pour remorque par exemple), qui peuvent être remplis de produits peu recommandables et qui ne sont pas à tous à l’épreuve des dents (expérience personnelle, durée de vie moins de 48h).

Les nœuds qui blessent la bouche : un mythe équin. En revanche un fil au diamètre trop fin ira se coincer entre les dents, au risque de blesser votre cheval et d’être endommagé : perdant-perdant.

Comment les utiliser ?

Posez-les à même le sol. Un filet qui se balance demande des efforts supplémentaires au cheval pour accéder au foin, et l’oblige à prendre des positions peu confortables. De plus la position tête en l’air et encolure relevée n’est pas naturelle pour le cheval et toutes les poussières arrivent directement dans les bronches (emphysémateux : « Bonjour ! »).

Si le filet contient du foin pour plusieurs jours posez-le éloigné du point d’eau, de l’abri, dans un endroit hors de la boue (zone naturellement ou artificiellement drainée, sur un support adapté…) pour éviter les pertes.
Un autre avantage majeur à nourrir en filet : le foin ne se transforme plus en litière. L’achat de votre filet sera vite amorti.
Si vous optez pour la grosse balle ronde et que vous avez peu de chevaux, prévoyez de la protéger de la pluie (et surtout de la fermentation qui pourrait venir avec le soleil).

N’hésitez pas à venir échanger sur le sujet sur http://forum.equi-pistes.fr/.

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